Feed on
Articles
Commentaires

Après Romans-sur-Isère, Biblio.fr nous informe de la création de l’Univers Netvibes de Digne-les-bains. On y va lentement mais sûrement. Les bibliothèques commencent à jouer un vrai rôle dans le développement des web locaux, en créant des portails qui permettent d’accéder à une masse d’informations nationales mais surtout locales. Au fil des exemples, arriveront bien à se détacher des orientations communes, chaque site les améliorant ensuite avec des resosurces locales propres. Longue vie donc à ces portails et bravo aux collègues de Dignes-les-bains.
[MAJ: et aujourd'hui je découvre par La Feuille le portail des bibliothèques de Brest, moins local et plus livre]

Une bibliothèque de rue sur le net, ça ressemble à quoi ?
Pour poursuivre la note précédente sur les sites de bibliothèques qui ne s’adressent qu’à leurs lecteurs, je crois qu’il faut s’interroger sur nos actions en direction des publics éloignés des bibliothèques. Dans un soucis de démocratisation de la culture, les bibliothèques se sont appliquées depuis de nombreuses années à aller vers ces publics plutôt qu’attendre un jour hypothétique où ils viendraient d’eux-mêmes. Des publics “empêchés” (prisons, hôpitaux, foyers,…) aux publics “éloignés” culturellement (jeunes des banlieues, cultures immigrées, de tradition orale,…) , nombreuses ont été les actions “hors les murs” (ici ou ici) destinées à amener les livres vers ces publics pour les drainer ensuite vers les bibliothèques (je raccourcis un peu).
Un site internet est-il une action ? Si oui (et ce qui circule aujourd’hui autour du web 2.0 tend à le montrer), est-ce seulement une action “dans les murs” ? Oui visiblement, parce qu’ils ne s’adressent qu’aux lecteurs de bibliothèques (ou à ceux qui vont naturellement vers ce types d’équipements et de services). Pourquoi les actions internet “hors les murs” n’existent-elles pas (si vous en connaissez, merci de le signaler) ? Comment amener les bibliothèques sur les lieux de vie (réelle / virtuelle ?) des non-lecteurs au moyen d’internet ? Comment inciter les internautes non-lecteurs à se rapprocher des livres ?
Vous me direz que les internautes sont de bons lecteurs, sinon ils ne s’y retrouveraient pas, sur la toile. Alors pourquoi “agir” vers/pour eux ? Pour lutter contre la frature numérique ? Vue l’utilisation d’internet par rapport à celle des bibliothèques, la question est plutôt de savoir comment les internautes vont pouvoir aider à réduire la fracture culturelle qui éloigne les publics des bibliothèques.
Trois grands axes peuvent être développés pour des actions “hors les murs” sur le web:

  • aider à se repérer dans la jungle des sites, les trouver, les déchiffrer, se les approprier,… et faire d’internet un lieu ressource pour tous les instants
  • Prendre de la distance avec l’information brute, analyser, synthétiser, conceptualiser, s’approprier la pensée des autres et la prolonger
  • Faire d’internet un lieu de rencontres et de d’échanges, de socialisation,par la prise de parole, le commentaire, l’argumentation.

Pour faire court, créer un site web pour le citoyen plutôt que pour le lecteur.
Cela ramène à un article de Nicolas Morin que j’avais mis de côté, La bibliothèque risque-t-elle de disparaître?. Il y dit : “Mais il faut aussi réorienter les bibliothèques qui, de services strictement culturels, doivent devenir des services généraux de la collectivité”. Je suis tout à fait d’accord avec cela, la bibliothèque doit trouver une place autre dans la société. C’est je crois Jean Yanne qui disait dans les années soixante “Quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver”. Je suis prêt à faire la même chose aujourd’hui. Et le web est peut-être un terrain d’investigation intéressant pour tester cela. Je laisse Nicolas Morin conclure (dans le mêm article) :
“élargir le spectre des interventions de la bibliothèque pour que son sort ne soit pas lié au seul destin de la culture”.